FOLIE ET SAGESSE NUTRITIONNELLES

"Dieu pardonne toujours, l’homme parfois, la Nature jamais" - Anonyme

C
ertes, il nous faut bien mourir un jour de quelque chose.... Néanmoins, actuellement il nous semble normal que dans pratiquement chaque famille il y ait au moins une personne, parfois très jeune, qui souffre d’une maladie chronique ou dégénérative, sans que l’on en connaisse exactement la cause. On affirme sans sourciller qu’autrefois, de telles maladies n’existaient pas et l’on cite à qui mieux-mieux Hippocrate 1 qui affirmait déjà : « Il existe des maladies qui ne se traitent que par un changement d’alimentation. » Néanmoins, il ne s’agit pas d’assimiler le changement d’aliments à la suppression pour et simple de ceux-ci ni à un régime spartiate… manger restant toujours un symbole de partage et de convivialité.

Au cours de cette dernière décennie, nous avons redécouvert, comme s’il s’agissait d’une révolution scientifique, le fait bénéfique et cependant bien ancien, de manger peu et pas n’importe quoi ainsi que la nécessité qu’il y a d’adapter l’alimentation non seulement au genre de vie de chacun sinon également en prenant en compte son hérédité, son terrain physiologique (diathèse), son histoire médicale et également émotionnelle. Bien que cela arrive souvent, la systématisation des soi-disant nouveautés scientifiques ne devrait pas conduire à l’élaboration de règles anarchiques ni prétendre transformer la sagesse d’un savoir, celui de la diététique, en une folie vendeuse et juteuse qui base son affairisme sur la rumeur, quelques informations fausses ou inexactes ou sur des thérapies fantaisistes jusqu’à les affirmer miraculeuses pour tomber finalement dans la sempiternelle habitude de faire de une condition individuelle, une règle générale.

Comment donc concilier l’équilibre déséquilibré que représente l’état idyllique de la santé avec ce dynamisme sans pause qui anime les réalités physiques et biochimiques de notre organisme qui, à son tour, forme partie intégrante de la Nature ? Que représentent les forces mentales et l’effort individuel indispensables au maintien d’une bonne santé ou à sa récupération ? Ce travail conjoint fait de confiance et de perspicacité, est-il possible à tous les âges de la vie ? Depuis toujours, la médecine a essayé de répondre à ces interrogations ?

Ainsi, nos ancêtres ont-ils eux-mêmes déjà prêté une attention toute particulière à la composition des aliments afin d’être en bonne santé et de lutter contre les maladies. Le Huan Di Nei Jing (Classique de l’Empereur Jaune sur la Médecine Interne), un des livres le plus antique de la médecine traditionnelle chinoise qui contient les bases théoriques non seulement de l’étiologie, la pathologie, la pathogénie, la thérapeutique, la prophylaxie, etc… sinon également de la diétothérapie, affirme clairement qu’un régime alimentaire déséquilibré peut provoquer différentes pathologies dans l’organisme humain.

Hippocrate traita également de la diétothérapie dans son livre De l'Aliment de même dans son qu’Avicenne2 dans son Poème de la Médecine, ou que Maimónides3, médecin juif de Cordoba, dans son Traité de la conservation et du régime de santé.

Les systèmes qui furent transmis par Hippocrate, Galien4 ou Avicenne (Ibn Sina), parlaient clairement de l’unité et de la réciprocité qui existent entre le corps de l’homme et le cosmos. Selon eux, le corps réagit autant à la joie qu’à l’ennui, à la force vitale, qu’elle soit pléthorique ou épuisée. Les liquides organiques et le sang qui conditionnent l’état interne de l’organisme peuvent, à leur tour,provoquer inquiétude et maladie ou, au contraire, santé et joie de vivre à travers les multiples combinaisons et relations qui existent entre l’organisme et le monde extérieur. Si le monde extérieur est soumis à l’influence des saisons, du climat ou aux variations entre le jour et la nuit, etc… notre monde intérieur est soumis aux variations de notre tempérament ou de notre psyché, en accord avec les caractéristiques de notre terrain. En conséquence de quoi, pour être réellememt équilibrée, l’alimentation de chacun doit ou devrait tenir en compte l’âge, le sexe, les activités, le moment de l’année, l’heure, etc….

Cependant, il serait puéril de croire que ces temps pour être révolus étaient des époques bénites et bienheureuses. Il est vrai qu’au temps d’Hippocrate, n’existaient ni les antibiotiques , ni les hormones synthétiques, ni les poulets nourris de leur propres déchets, ni les vaches folles, ni les maladies induites par la iatrogénie des médicaments, ni la pollution alimentaire ou ambientale… Néanmoins, consommer de la viande n’était pas sans risque, non seulement parce qu’un grand nombre d’infections étaient méconnues mais aussi parce que, bien que tout comme aujourd’hui on sacrifiait les animaux malades, il arrivait bien souvent que la viande fut vendue quelques kilomètres plus loin… avant que tout le troupeau soit contaminé ou que l’on s’en aperçût. Les choses n’ont guère changé…

Beaucoup de pathologies modernes sont la conséquence directe d’une alimentation déséquilibrée, carencée ou de mauvaise qualité. Cependant, lorsque nous tombons malades, nous cherchons avant tout une solution facile. Diminuer le taux de cholestérol, certes… Vaincre le diabètes, bien sûr… Mais changer d’alimentation… Non ! Manger moins de viande et de frites, laisser tomber l’hamburger et le coca, oublier les bonbons, les douceurs et le sucre blanc, substituer le sel raffiné bien blanc pour un sel de couleur grise, de moins bel aspect et saveur, quoique mille fois plus sain… Trop d’efforts ! Bien trop d’efforts !

Lorsqu’un homme a pris chaque matin, durant des années, un verre de lait écrémé, clarifié ou conservé grâce au formaldéhyde, revitalisé aux vitamines et à l’Omega 3, lorsqu’il a mangé, durant des années, chaque midi, une tranche de jambon conservée au borax ou une viande gonflée aux hormones et blanchie aux antibiotiques, accompagnée d’épinards verdis au sulfate de cuivre et aspergés de beurre coloré à la tartrazine, le tout couronné par une tranche de pain anémique et dévitalisé, fait à partir d’une farine où se mêlent « au noir » de la farine de févettes comme excipient, et des fruits aux couleurs pétantes de vernis, lorsqu’il a bu, durant des années, du vin rougi à la fuscine et parfumé à l’acide sulfurique avant que d’avaler un café dilué au chlore… comment peut-on toujours prétendre que cet homme ait encore un estomac capable d’assimiler… ?

Comment le médecin pourrait-il savoir et tenir compte des produits chimiques contenus dans la viande consommée par son patient ou des insecticides et colorants ajoutés aux fruits et aux légumes ? Comment peut-il évaluer leurs effets ou leur incidence sur une constipation chronique, un eczéma rebelle ou un cholestérol élevé ? Sans parler des effets secondaires iatrogènes provoqués par nombreux médicaments chimiques ou non… Nous sommes devenus, par microbes interposés, résistants aux antibiotiques et les germes, notamment les bactéries, ont développé d'étonnantes facultés d’adaptation face à ces mêmes antibiotiques. Ces derniers, en outre, se sont convertis en substances alimentaires autant que thérapeutiques pour nourrir et soigner le bétail et, souvent, présentent des concentrations élevées dans leurs tissus et leurs chairs…. que nous consommons ensuite.

Un morceau de sucre dans le réservoir à essence d’une voiture en finit avec le moteur qui n’aime guère l’accumulation des impuretés. La majorité s’efforce de donner à sa voiture la meilleure huile et l’essence la moins contaminante. Pour quelle étrange raison, dédaignons-nous de traiter notre corps avec la même prudence et le même soin que ceux que nous déployons pour notre voiture ? Le jour où nous le ferons, les choses changeront-elles peut-être… Nous avons le choix… A nous de savoir ce que nous voulons.

Il est vrai néanmoins que les choses ne sont pas aussi simples. Les être humains ne sont pas égaux face à la maladie, pas plus qu’ils ne le sont à l’heure de se nourrir. En fait, nous sommes tous différents et particulier en force, en vitalité, en longévité, en intelligence et en spiritualité. Nous disposons chacun d'une capacité qui nous est propre, de savoir mener à bien notre vie affective, intellectuelle et matérielle et de réaliser nos rêves. Comment pourrait-on être égaux face aux bénéfices généreusement dispensés par cette Nature qui ignore elle-même, en toute indifférence, l’égalité ? Il y a ceux qui ne digèrent pas les épinards, ceux qui détestent les œufs durs et ceux qui vendraient leur âme pour un morceau de fromage…

De plus, comment un fou de culturisme, de type congestif, souffrant d’une légère obésité, d’hypertension et qui aime le froid pourrait-il manger la même chose qu’une personne maigre, fatiguée, pâle, déminéralisée que la chaleur enchante ? Comment une personne âgée dont les sucs digestifs ont perdu leur force, dont les os et la colonne vertébrale sont fragiles comme le verre, dont les dents brillent par leur rareté et qui souffre de décalcification pourrait se nourrir de la même façon qu’un autre vieillard dont la généalogie s’honore d’une pléthore de centenaires, forts comme des chênes ?

Comment une femme dont l’enfance fut heureuse comme l’est aujourd’hui son couple et sa ribambelle d’enfants, de féroce appétit et menant une vie régulière peut se nourrir de la même façon qu’une femme malheureuse depuis toujours, qui n’a pas d’enfants et qui travaille dans une ambiance stressante, qui a des crises d’hypoglycémie et dont l’appétit est plus faible que celui d’un oiseau ? Sans parler de cette jeunesse, celle qui sait ce qu’elle veut…. Le privilège des jeunes années n’est pas non plus celui de l’égalité. Loin de là ! N’y a-t-il pas de différence entre l’ado bagarreur, infatigable, toujours à cent, vètu d’un bout à l’autre de l’année en jean-teeshirt-casquette et dont le pouls est de 60 pulsations/mn, et cet autre, timide et sentimental, qui fuit toute confrontation physique et psychique et dont le poules est de 85 ? N’y a t-il pas une différence certaine entre la jeune fille robuste avec des règles indolores et celle qui s’évanouit chaque mois ? N’y a-t-il pas de différence entre l’enfant qui mange à toute vitesse un poisson congelé, style XXI siècle, dans sa cantine scolaire et celui qui déguste une limande fraîche, cuisinée tendrement par sa mère, entre persil et beurre fondu ?

Sans doute, tout est une question d’équilibre entre le physique et le psychique, l’énergétique et l’émotionnel. Que pourrait-on dire d’un homme qui fume de gros cigares et mange à l’excès de la viande de bœuf (jusqu’à un kilo par jour) et des plats graisseux, qui reste collé toute la sainte journée à sa table de travail et dont l’analyse de sang ne met en évidence aucun déséquilibre biochimique… sauf une déficience en cholestérol ?! Il semblerait qu’il ait rencontré une diète compensatrice pour lutter contre le manque psychoaffectif de sa vie. Certes, son équilibre est ténue et changer sa façon de vivre demande de l’ingéniosité pour éviter justement de le déséquilibrer brusquement. Car, changer son alimentation sans changer son contexte émotionnel et psychique pourrait provoquer un choc décompensatoire important et la fin de son état de santé déséquilibré dans un certain état d’équilibre…

Chacun de nous dispose de une énergie différente et d’une puissance différente pour la brûler. Chacun de nous a des nécessités alimentaires différentes, des capacités digestives et d’assimilation qui lui sont propres. De même, d’un individu à l’autre, nous disposons pas ni des mêmes réserves minérales et humorales (liquides organiques). Nous ne sommes pas nés avec la même hérédité et parfois, notre fragilité organique exige que notre alimentation soit rééquilibrée ou adaptée dès notre plus jeune âge. Nous vivons sous des climats différents, dans des sociétés suralimentées ou affamées, à la campagne ou à la ville. Travailleurs manuels ou intellectuels, sédentaires ou actifs, il y a ceux qui sont stressés et toujours préoccupés, et ceux qui sont paisibles comme l’eau qui dort… Il n’y a donc pas de règles et il n’existe pas de schéma humain unique ou commun. La vie n’est pas mathématique. Et dans son décours, un et un ne font jamais deux. C’est pourquoi, idéalement la diététique ou la diétothérapie devraient être une branche médicale dont le but spécifique est d’adapter l’alimentation de l’individu à ses nécessités particulières, qu’il soit ou non malade, et non de lui faire perdre du poids à coups de régimes miracles. Les médecins d’autrefois le savaient parfaitement, bien avant que ce que nous avions si promptement oublié, redevienne nouveau !

Nous devons manger et travailler tous les jours et pour mener à bien nos différentes activités, disposer d'une certaine quantité d’énergie. Nous défaillons quand notre état de santé se déséquilibre, même momentanément, faute d’énergie. Si nous ne mangeons pas, nous pouvons souffrir de vertiges et de palpitations, avoir des sueurs froides et nous sentir passagèrement fatigués. Corrigés par une alimentation adéquate, ces malaises disparaissent rapidement et ne sont pas considérés comme pathologiques. Ainsi, les relations entre santé et maladie sont-elles relatives de même que les relations entre aliments et médicaments, qu’ils soient pour ces derniers, d’origine végétale ou animale ou encore d’origine alimentaire (ail, foie, noix, miel, noyau d’abricot…). Cependant, la privation alimentaire à long terme induit un déséquilibre sévère des fonctions physiologiques et psychiques et nous pouvons tomber malades lorsque la quantité d’énergie apportée par les aliments est insuffisante et ne couvre pas les nécessités propres à chaque individu (personnes âgées, femmes enceintes, enfants…) ou lorsque la quantité d’énergie consommée surpasse la capacité d’assimilation de l’individu.

A construire jour après jour et à protéger l’énergie de l’estomac par une alimentation saine et adéquate, qui est la source première du sang et donc, de sa qualité, ainsi que de notre énergie vitale, l’organisme se réajuste sans cesse en fonctions de ses besoins. Une alimentation équilibrée et adaptée lui permet d’améliorer les fonctions de l’estomac et de la rate, d’augmenter la capacité du malade à combattre la maladie et de prévenir, sinon de protéger, les cinq grandes fonctions physiologiques qui les régissent dans le respect de notre milieu interne : respiration, digestion, assimilation, circulation et élimination.